SOCIÉTÉ

Solitude, symbole de la lutte contre l’esclavage

05.07.2023

Solitude incarne la lutte des femmes esclaves pour la liberté. Lorsqu’en 1802 Napoléon Bonaparte envoie ses troupes aux Antilles pour rétablir l’esclavage Solitude, alors enceinte, rejoint la résistance.

Une « mulâtresse » en Guadeloupe

Solitude est née entre 1772 et 1780 en Guadeloupe. L’île est alors une colonie française depuis 1635 et prospère grâce au commerce de denrées exotiques comme la canne à sucre. Son économie repose sur l’exploitation des esclaves qui travaillent aux plantations. Ainsi, avant la Révolution française, les esclaves représentent plus 80% de la population guadeloupéenne.

Solitude est la fille d’une esclave noire violée par un marin blanc lors de sa déportation de l’Afrique vers les Antilles. Dans l’ordre racial colonial, elle appartient à la catégorie des « mulâtresses », terme raciste utilisé pour désigner les personnes nées d’un parent blanc et d’un parent noir. En raison de sa couleur de peau claire, elle est esclave de maison pour des maîtres blancs au lieu d’être « esclave de pioche », travaillant au plantations.

Première abolition de l’esclavage

Le 26 août 1789, les révolutionnaires proclament la Déclaration universelle des droits de l’Homme, qui ne s’applique pas à ce moment là aux colonies. Dés 1791, des voix s’élèvent à l’Assemblée pour demander l’application des droits de l’Homme aux personnes de couleur. Après de longue années de débats et la révolte des esclaves de Saint-Domingue (devenue Haïti), la Convention abolie l’esclavage le 4 février 1794.

Pendant la Révolution, la Guadeloupe est passée sous domination anglaise avec le soutien des esclavagistes. En juin 1794, la France républicaine proclame l’abolition de l’esclavage sur l’île. Les esclaves se rallient alors à la cause républicaine et la France reprend l’île aux Anglais. Solitude comme tous les esclaves de Guadeloupe devient une citoyenne libre.

Le combat contre le rétablissement de l’esclavage

En 1802, Napoléon Bonaparte envoie les troupes du général Richepance pour rétablir l’esclavage en Guadeloupe. Plusieurs centaines d’anciens esclaves dont de nombreuses femmes prennent alors les armes pour défendre leur liberté sous le commandement de l’officier révolutionnaire Louis Delgrès. Solitude, enceinte de quelque mois, se joint à la résistance.

Cependant, les forces sont très inégales, les troupes napoléoniennes comptent 3500 hommes et sont bien mieux armées. Au bout de 18 jours de combat, la résistance est acculée dans une petite forteresse. Fidèles à leur devise « Vivre libre ou mourir », Louis Delgrès et 300 résistants se suicident à l’explosif. Solitude, qui combattait au côté de Louis Delgrès réchappe de l’explosion. Elle est arrêtée, jugée et condamnée à mort. Enceinte, elle est pendue au lendemain de son accouchement le 29 novembre 1802.

La mémoire de Solitude

Longtemps oubliée, la figure de Solitude commence à émerger en même temps que la mémoire de l’esclavage au XXe siècle. Grâce au roman d’André Schwarz-Bart, La Mulâtresse Solitude publié en 1972, elle devient le symbole de la résistance de 1802. Aujourd’hui de nombreuses villes de Guadeloupe ont donné son nom à des rues ou bâtiments officiels. Le 10 mai 2022, la ville de Paris a également inauguré un parc et une statue pour rendre hommage à Solitude et ses compagnons d’armes.

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